Jeudi 28 janvier 2010
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Quand on est cloué chez soi...
La jeune fille soupira. Si habituellement le jeudi soir elle était perchée sur ses rollers en compagnie de plus d'une soixantaine de personnes, elle était ce soir condamnée à rester là, assise
sur son lit, les écouteurs sur les oreilles. Ca lui apprendra à vouloir s'entrainer en étant fatiguée une après midi de grand froid, avec qui plus est un échauffement baclé. Résultat sa jambe
avait décidée de se mettre en grève, et elle n'avait d'autre choix que de se reposer. Si poser le pied par terre lui provoquait un élancement suffisement douloureux au mollet gauche pour
l'obliger à serrer les dents, il étai impensable d'aller faire mumuse sur des rollers. Surtout qu'il n'y avait pas le camion dans lequel se réfugier en cas de fatigue, le parcours se faisant ce
jour là en "sauvage". La "folle journée", évènement culturel de la région, était devenue "les folles journées", réquisitionnant la police municipale qui accompagnait habituellement les
patineurs.
Elle leva quelques instants les yeux de son écran, et poussa un nouveau soupir devant l'exposé d'anglais quelle était censée avoir fini pour le lendemain 8h30. Le sujet lui ammenait autant
d'inspiration qu'un sandwich au poulet. Et encore, c'est tout juste si le dit-sandwich n'était pas plus motivant. Levant les yeux au ciel devant sa capacité risible à faire des comparaison
complètement tordues, elle rit un instant en se remémorant la tête d'une connaissance de roller, devant l'une de ces comparaisons tordues. Ils venaient de lutter, comme les 70 autres personnes
présentes ce soir là, à patiner en cote sur une piste cyclable couverte de mousse et donc particulièrement glissante, obligeant tout le monde à faire de miniscules pas, et donnant un aspect somme
toute absolument ridicule à la scène, même pour les plus expérimentés d'entre eux. Arrivés en haut, morts de rire et bien essouflés, elle avait dit d'un ton très naturel : "ce qui est bien c'est
qu'on a pas l'air con comme ça ! On dirait un crabe essayant d'escalader un rocher mouillé !" Son interlocuteur avait écarquillé les yeux : "C'est quoi cette comparaison ?! C'est un peu... hum."
elle avait rit devant son espression, haussant un sourcil intérrogateur. Il avait alors ajouté, les yeux toujours écarquillé, mais retenant néanmoins un éclat de rire : "Mais pourquoi un crabe
?!". Ca avait fini en éclats de rires, pour son plus grand bonheur. Ah, des rires, il y en avait eu, depuis qu'elle avait rejoins (ou plutôt été adoptée) par ce groupe de déjantés ! Les rires
tendus, comme la fois où elle avait failli finir la tête la première sur le bitume quand un caillou s'était bloqué dans ses roues. Les rires moqueurs, quand elle galérait. Les complices, quand le
groupe partait en trip. Les rires, les sourires, les mots, les gestes. Les gens qui la raccompagnait chez elle alors que ce n'était pas vraiment sur leur chemin, ceux qui les invitaient, elle et
son amie à boire à verre alors qu'elles débarquaient tout juste dans le groupe, les compliments sur sa progression, les surnoms à la con... Tant de souvenirs qui lui avaient fait remonter la
pente, doucement mais surement, la menant là où elle en était actuellement : de nouveau confiante en l'avenir, en ces études et ses choix d'orientation futurs, confiante en elle-même aussi, la
tête pleine de projets et de rêves.
Oui elle était bien dans sa vie, mieux que ça n'avait jamais été depuis le début de l'année.
Mais en attendant... elle était toujours bloquée chez elle pendant que les autres étaient sur leurs patins !!!!!