
Il y a des choses
qui n'arrivent que dans les mauvais romans, du moins c'est ce que l'on pense souvent, ou alors que cela n'arrive qu'aux autres. Après encore 7h de train aujourd'hui, j'écoute une petite nouvelle
de la chanson à texte française, les yeux brûlants de fatigue et l'envie de pleurer un peu aussi. Non, rien de bien grave, juste un peu de lassitude, de peur, de fatigue, un peu de perdition. "Tu
sais la vie c'est un peu comme une autoroute, parfois tu rencontres des carrefours, après tu choisis de les prendres volontairement ou tu t'y forces." Et moi, suis-je un carrejour dans la vie des
gens autour de moi ? Ou un panneau indicateur ? Ou peut-être au fond suis-je juste cette petite route de campagne qui longe toujours ces fameuses autoroutes. Mon carrefour à moi a trop de
bifurcations, et trop peu de panneaux de destinations. Mais je l'aime bien comme ça, enfin je pense. Rentrée depuis à peine deux heures, j'ai plongé le nez dans les petites annonces, malgré
l'épuisement et l'envie de me coucher en boule sous la couette, de fermer les yeux et de rêver un peu. Mais il faut parfois arrêter de faire l'autruche et prendre les problèmes à deux mains. La
première chose que j'ai trouvé en rentrant chez moi, c'était une feuille glissant sous ma porte m'annonçant l'augmentation de mon loyer, et me prévenant de l'arrêt du versement de mes ALS...
Bref, que des bonnes nouvelles... Trouver un studio dans mes moyens, régler la paperasse en retard, gérer les inscriptions à la fac, essayer de ne pas se prendre la tête avec histoire d'amour un
peu compliquée, bref, une semaine pas vraiment sympathique en prévision. Mais on fera avec.
Et puis en parallèle les questionnements, ceux dont on parle rapidement à sa môman au milieu des 900 bornes en voiture de l'avant veille. Ceux que l'on tait car ils sont si insignifiants par
rapport à ceux des gens autour de nous. Surtout actuellement avec tous ces morts, ces malades, ces gens qui se perdent dans leur futur, ceux qui au contraire le trouve et n'ont plus le temps pour
le reste... Oui, ces questionnements qui me trottent dans la tête, ceux qui me font tellement peur. Suis-je en train de perdre toutes mes facultés mentales ? Suis-je assez intelligente pour faire
des études ? Pourquoi est-ce que même le flash info le plus simple je met de longues minutes à le comprendre ? Pourquoi est-ce que du haut de mes 18 balais je commence à faire des fautes
d'orthographe, moi qui n'en ai jamais fais aucune ? Pourquoi ai-je si peur de devenir folle ? de perdre définitivement toute capcité de réflexion. J'ai tellement peur de devenir folle. De cette
folie que j'ai vu trop de fois emporter les gens autour de moi. "J'ai même changé de prénom, dans l'espoir de fuir cette folie, mais je la sens qui me guette à chaque tournant, qui me court après
sans jamais s'arrêter. Jusqu'où vais-je devoir aller ?" Oui, cette folie, cette dégradation de mon état mental qui vient me harceler jusque dans mes cauchemars. Combien de temps encore à
m'endormir avec la peur au ventre ? A paniquer chaque fois que je ne comprend pas quelque chose ? A retenir mes larmes quand je me rend compte que je suis parfois incapable d'articuler mes mots,
comme si ma bouche était anestésyée, comme ça, en plein milieu d'une conversation ? A avoir peur que la personne que j'aime me quitte, non pas parce qu'elle ne m'aime plus mais parce que je suis
trop idiote pour elle ? J'ai tellement peur.
Et la vie active qui me tombe dessus de plein fouet. L'habitude d'avoir ses proches qui vous mâchent le travail, même à des kilomètres de distance, c'est difficile à dépasser. Chercher un
appartement, gérer les papiers sans passer un coup de fil à sa mère pour demander conseil. Arrêter d'harceler son frère pour qu'il nous accompagne dans la visite du dit appart', ne pas raconter
ses petits bobos à sa grand mère le week-end, devant une tasse de café bien chaud, dans le fauteil en cuir marron de notre enfance. Pourquoi au final est-ce aussi compliqué ? L'adolescence que je
n'ai pas eu me ratrappe de plein fouet après avoir été couvée une année par ma grand-mère. Moi qui était capable de gérer ma vie de A à Z, me retrouve telle une ado prépubère à ne plus savoir
passer un coup de fil à une agence immobilière. J'ai perdu 5 ans, autant mentalement que physiquement, et je ne me reconnais plus le matin dans la glace.
Et voilà que le mot que j'avais prévu joyeux et plein de bonnes nouvelles se transforme en long texte déprimant où je m'apitoie comme une mioche sur mon sort, pourtant pas si triste, bien au
contraire. J'ai une vie de rêve et je me plains encore... Pourtant je me sens perdue, putain, tellement perdue...
J'ai envie d'un bon verre d'alcool fort dans un bar enfumé, acoudée au bar en bois, une cigarette dégueulasse entre les doigts...